Historique

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Non loin du Champ de Mars et de la Tour Eiffel, un large panneau : « Le Village suisse », intrigue le touriste de passage. Haut lieu des collectionneurs d’antiquités et d’objets rares, le « Village suisse » de Paris n’a pas de Suisse que le nom. Il est né sur le souvenir de l’Exposition universelle de 1900 du temps de l’âge d’or des expositions universelles, la France s’étant par ailleurs fait une spécialité du genre, organisant pas moins de 7 expositions universelles en moins d’un siècle :1855, 1867, 1878, 1889, 1900, 1925 et 1937. Paris a de la Suisse dans les idées. Lors d’une traversée de la capitale, vous pouvez tomber en plein cœur de Paris, place du Canada (sic) sur le « jardin de la vallée suisse » niché derrière le palais de la Découverte, avec ses rochers, son ruisseau, sa cascade et ses arbres bucoliques, au cœur du VIII° arrondissement.

Dessiné par Jean-Charles Adolphe Alphand en 1859, ce square peu connu des Parisiens passe pour être un souvenir du pavillon helvétique de l’exposition universelle de 1900. Ce fut aux abords de ce jardin à l’anglaise que, le 1er juin 1905, I ‘écrivain Alain Fournier suivit, au sortir du Petit Palais, la blonde Yvonne de Quiévrecourt, modèle d’Yvonne de Galais dans son célèbre roman Le Grand Meaulnes. Connu aussi de nos jours sous le nom de « Jardin Anne-Sauvage », il est considéré comme un fragment des jardins de ces Champs Élysées qu’arpentèrent jadis des générations de Gardes suisses du roi gardiens des lieux alors malfamés.

Mise en scène d'une Suisse touristique alpestre

Paris 1900 marque l’apogée, un point culminant dans l’histoire de ces événements hors du commun que furent les expositions universelles. Celle de 1900 couvre tout un quartier de Paris, le Gros­ Caillou, qui occupe une bonne partie du VII° arrondissement entre !’Esplanade des Invalides, l’Ecole Militaire et le Champ de Mars – et accueille, chiffre record, 50 millions de visiteurs. Dans cet énorme espace, parmi les pavillons et autres bâtiments érigés par les nations invitées, se trouve un village suisse reconstruit. À l’aube du XXè siècle, en attendant la création du Salon de l‘Agriculture en 1964, les Helvètes sont à Paris avec leurs vaches mythiques, leurs montagnes immaculées, il va de soi, et leurs chalets aux balcons fleuris. Tout cela n’a pas pris naissance dans les belles campagnes de la Gruyère ou d’Appenzell, mais dans une grande ville.

En effet, c’est lors de l’exposition nationale à Genève en 1896, que les organisateurs avaient construit un « village suisse » en marge de l’exposition proprement dite, lequel côtoyait pour l’anecdote un non moins pittoresque « village nègre » habité par environ 230 Soudanais ! Autre temps, autres mœurs ! « Ce mélange hétéroclite » de styles architecturaux régionaux tomba involontairement dans l’image d’Epinal, en donnant à voir un genre de vie révolu, marqué par l’agriculture, dont l’harmonie et le calme semblaient contraster avec l’agitation des villes industrielles » remarque l’historien Georg Kreis, l’auteur de la notice « exposition nationale » pour le Dictionnaire historique de la Suisse. Un style chalet, une marque de fabrique, made in Switzerland était née qui nous fait encore vivre dans l’imaginaire collectif. La remise en question de cette tradition à l’Exposition universelle de Séville,en 1992, fut très controversée en Suisse. C’est qu’à force de vouloir tout déboulonner sans reformuler les fondamentaux, c’est tout un socle commun qui risque de s’écrouler. Soit dit en passant, le Musée gruérien à Bulle, qui a totalement renouvelé son exposition permanente début 2012, présentes-en boucle les images tournées par les frères Lumière dans le village suisse de l’exposition de Genève de J 896. À voir absolument. Pour toute visite guidée du musée n’hésitez pas à demander Gillian Simpson, collaboratrice ponctuelle à Suisse Magazine et guide au musée Bullois.

image Histoire village suisse

Le Village Suisse en 1900 un monde idyllique incomparable

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À Paris, le Village suisse est l’une des attractions phares de l’Exposition, aussi attirant que peut l’être de nos jours le stand fribourgeois du Salon de l’Agriculture qui, depuis dix ans, attire le public dont jadis le président Jacques Chirac à l’appétit aiguisé, comme un aimant gourmand. Il en fut de même en 1900, alors même que la fondue n’était pas encore au goût du jour ! Ce Village suisse a marqué durablement les esprits. On y accédait, après être passé sous les tours de Berne qui encadraient allégrement l’entrée de l’avenue de Suffren. Rien n’est plus dépaysant dans le Paris grisâtre et laborieux du tournant du XXè siècle que ce village s’étendant tout de même sur une superficie de 21 000 mètres carrés. Les deux artistes, ingénieurs et architectes, Charles Henneberg et Jules Allemand, qui ont conçu et exécuté ce projet grandiose, ont poussé si loin la passion de la vérité qu’ils ont fait venir de Suisse les chalets et les maisonnettes rustiques.

Le visiteur charmé pouvait admirer, revêtus bien entendu de leur costume traditionnel, plus de 300 paysans et paysannes, fromagers, pâtres, ouvriers, artisans, sculpteurs sur bois, vanniers, tisseurs, brodeuses et dentellières vaquant à leurs occupations comme à la maison. On n’avait pas lésiné sur les détails puisque le tout était paré de pâturages, de rochers ainsi que d’un lac et d’une cascade. Instants émouvants assurés que ce retour aux sources pour l’imposante communauté suisse de Paris et pour tous les Parisiens nostalgiques des campagnes d’antan sur fond de massif alpin sublimé. Le village disparut comme prévu à la fin de !’Exposition Universelle. Pour se faire une petite idée de ce village, il faut se rendre au parc d’attractions d’Europa-Park à Rüst en Allemagne où un hameau valaisan a été transporté dans le secteur suisse et remonté dans un esprit proche•

Pour mémoire, rappelons que Louis-Jules Allemand est un architecte paysagiste suisse décédé à Genève en décembre 1916. Il est l’auteur, seul ou en collaboration avec – d’autres architectes paysagistes comme Henry Correvon (le jardin alpin de l’exposition de 1896) ou Charles Henneberg, de plusieurs projets publics et privés, parmi lesquels le Jardin anglais à Genève (1895), les rocailles du jardin botanique de Genève dans le parc de I’Ariana (1904), le jardin alpin du baron de Rothschild à Pregny­ Chambésy, le parc du jardin impérial de Gland de la famille Bonaparte, sans oublier le Jardin botanique alpin de la Jaysinia au­ dessus du village de Samoëns (1905-1906) en Haute-Savoie. Ce dernier rassemble des spécimens de la flore des cinq continents, qu’admirent chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs déambulant le long des cascades, mares, ruisseaux, lapiaz, rochers, hautes futaies, prairies, sentiers escarpés et allées tranquilles. Aujourd’hui, sous la tutelle du Muséum d’histoire naturelle de Paris, le jardin est doté d’un laboratoire, siège du GRIFEM (Groupe · de recherche et d’information sur la faune dans les écosystèmes de montagne), où s’effectuent de nombreuses recherches.

L’Exposition universelle de 1900 a été la grande exposition du folklore. À travers nos paysans et paysannes, nous étions tous en somme des « nègres blancs » », ironise l’historien franco-suisse Pascal Payen-Appenzeller, lequel ajoute : « le village suisse a connu un très grand succès. Il faut dire que la Suisse était très à la mode depuis Napoléon Ill et l’architecte Davioud, qui intégrait le chalet suisse à sa théorie de l’architecture pittoresque on en a toujours un au Bois de Boulogne. Le Village suisse témoigne donc aussi de l’architecture de la « nouvelle ville-jardin » telle que Napoléon Ill l’avait envisagée » L’authentique chalet suisse, dont il est question ici, construit par Seiler aux environs de Berne avait été remonté au début du Second Empire, sur une des deux îles. C’est l’actuel restaurant « Le Chalet des îles ».

Haut lieu des collectionneurs d'antiquités et d’objets rares

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, le Village suisse n’est déjà plus qu’un lointain souvenir. Une fois démontée la Grande Roue de 103 mètres de haut qui le jouxtait, quelques chiffonniers-brocanteurs installèrent leurs commerces dans ses wagons. Pas toujours très légal d’ailleurs ce commerce que nous pourrions pudiquement appeler parallèle durant les durs moments de privation de la Grande Guerre. Puis, rapidement, ces aménagements de fortune cédèrent la place à de véritable stands. C’est à deux pas de l’ancien, que commence le deuxième Village suisse. Jusqu’au milieu des années cinquante du siècle dernier, les marchands de vêtements et de cuirs prédominent. Puis, petit à petit, des antiquaires les ont supplantés. Longtemps, l’ambiance générale a été celle d’un marché aux puces, jusqu’aux bouleversements des années 60. De nouveaux antiquaires y négociaient des œuvres d’art et forgèrent alors la réputation du Village suisse. En 1967, la zone alentour est rasée et de grands immeubles bourgeois sont construits. Mais le Village suisse survit à la tempête immobilière, au point de devenir un argument pour les promoteurs. « C’est de la mémoire récupérée, constate Pascal Payen-Appenzeller. Le Village suisse gardait un côté « village », comme aux Puces de Clignancourt, mais en étant à l’intérieur, à Paris, quelque chose de très subtil sur le plan de la hiérarchie socioculturelle ». Le Village Suisse consiste de nos jours en plus de 100 boutiques d’antiquités, d’objets d’art et de décoration.  En y regardant de plus près on découvre en contrebas des grands bâtiments modernes, un dédale de ruelles et de patios fleuris au noms évocateurs : allée du Valais, places de Lugano, de Zurich, de Lucerne, de Berne, de Lausanne, de Genève. Et tout autour, des boutiques à n’en plus finir.

On peut y parvenir par le 4 avenue Paul Déroulède, le 78 av.de Suffren ou le 54 av.de la Motte Picquet. Métro : La Motte-Piquet­ Grenelle. Ouvert du jeudi au lundi inclus de 10h30  à 19 h.

Aujourd’hui un lieu Privilégié Pour Les Promenades Dominicales

Chaque boutique est indépendante, mais fait partie intégrante d’un ensemble harmonisé par une association « Comité d’animation du Village suisse », chargé de promouvoir ce lieu auprès de la clientèle tant française qu’étrangère. Le succès de ce « salon d’antiquités permanent », selon la formule du regretté Président de l’association durant de nombreuses années, Mr Michel d’Istria, vient notamment du fait que ses boutiques étaient ouvertes le dimanche à une époque où tout était fermé ce jour-là. D’où la présence de particuliers plutôt que de marchands, à la différence des trépidantes Puces de Saint-Ouen. Ici règne un grand calme, un apaisement tout helvétique en quelque sorte ! Juste retour des choses…

Diaporama sur le village Suisse lors de l’exposition universelle:

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